Le retour de l’Empereur

Metal Maniac N°7/8, juillet-août 2007

Un reportage exhaustif ‘Maiden in Rome’ signé Fabrizio Massignani et Alex Ventriglia ; photos de Luca Bernasconi, publié dans Metal Maniac N°7/8, juillet-août 2007

par musky00

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Le Stade Olympique de Rome propose carrément son terrain de sport, convenablement aménagé, pour un show métallique des « grandes occasions », IRON MAIDEN et MOTORHEAD, MACHINE HEAD, MASTODON, LAUREN HARRIS et SADIST. Tous réunis pour un festival qui fera date. Le show débute à 15 heures d’un 20 juin décidément caniculaire…

Metal Maniac N°7/8, juillet-août 2007Il fait chaud, supportable grâce à une brise rafraîchissante; il fait franchement chaud après 15 heures lorsque les génois SADIST montent sur le plateau de la date italienne de « A Matter Of The Beast Summer Tour 2007 ». Comme support à l’album récent éponyme, les quatre artistes démarrent à fond et le public – déjà assez nombreux à cette heure – semble répondre favorablement, avec participation et implication. Il faut admettre que le genre proposé par le groupe n’est pas toujours facile à assimiler… mais le trash très technique, caractéristique de la « Sadist-factory » prend bien sur les bras en sueur des premiers rangs, toujours en l’air applaudissant, entre autres, la prestation magistrale de la guitare à clavier de Tommy Talamanca – aujourd’hui à son moment de gloire – accompagnant bien évidemment le corpulent chanteur Trevor. Une demi heure intense et qu’il sera difficile d’oublier.

Nul besoin de se rendre au concert pour comprendre que LAUREN HARRIS n’y est… pour rien (juste pour être polis dans notre manière de nous exprimer). Il s’agit d’un festival et, en théorie, on peut y trouver de tout, on peut y programmer même ce qui n’y a pas tout à fait sa place; les choses vont ainsi. Cependant, dans ce cas l’exception est qu’il s’agit d’un festival metal; et venons en au fait : LAUREN HARRIS n’y est nullement à sa place (ou, tout au moins, à peine) dans cette soirée romaine.

Malgré tout, la jeune fille a des capacités, déchaîne son rock moderne, saute et s’agite. Et aux loups-garous présents dans le public n’aura pas échappé son habillement sexy, qui provoque des commentaires à faire rougir les tenanciers de bordels de Singapour. Dans la série : « viens me voir je te ferai…, va par là je te suis », il fallait s’y attendre, assurément. Cela mériterait réprobation, ne serait-ce que d’un point de vue strictement logique et de convivialité. Mais nous nous trouvons à un concert et sommes « métal », et donc « on n’en a rien à cirer ». Lauren encaisse commentaires et insultes – elle a dû s’y faire désormais – et, après tout, elle comprend difficilement l’italien. Et donc, en attendant l’album officiel, dont la sortie est annoncée imminente, la voici sur scène présentant son petit bout de pantalon quelque part entre Guano Apes et … Pink. Ce qui n’est pas fait pour déplaire sous la chaleur de l’après midi romain. Seulement, après un quart d’heure de la fin du show, tu ne te souviens de rien, ni d’un titre ni d’un refrain.

Bien évidemment, il y aura déjà les fans d’Harris (elle s’en sera déjà fait, puisqu’elle partait de zéro) qui nous accuseront d’être superficiels. Mais si tel est le cas, ou les années qui nous vieillissent, il faut bien autre chose que cette petite rockeuse qui vise le classement pour nous sortir de l’apathie. Aux suivants ! Et que ce soit du solide.

Metal Maniac N°7/8, juillet-août 2007Du solide ? Eh bien, MASTODON c’est du solide. Disons que maintenant il s’agit de lever les doutes si le mieux placé est Leviathan, l’album de 2004 qui les a révélés au grand public metal ou le suivant – et dernier publié – Blood Mountain. Ceux, dans le public, qui les connaissent sont partagés sur le sujet. Par chance, le groupe américain est aussi un de ces groupes qui reste « on the road » jusqu’à sa fin. Ce qui veut dire qu’il est toujours en tournée et que rien qu’en Italie (et donc pas vraiment au centre de l’univers metal rock) le groupe s’est produit en plusieurs occasions, Gods Of Metal de 2005 compris. La chaleur est encore oppressante, mais les assistants à la longue barbe n’ont pas l’air dérangé. Quelques notes suffisent pour comprendre qu’aujourd’hui également MASTODON nous donnera l’occasion d’assister à un show rock, massif, fracassant. La recette d’heavy doom/hard psychédélique revisitée (ce qui nous vient de SABBATH ne se discute pas) surprend et étourdit. Et une fois de plus, dans l’attitude presque rageuse du groupe, le spectacle de la prestation de batterie de Brann Dailor fait peur à voir. Ne le sous-estimez pas, si ce n’est déjà fait, parce que sa technique marteau façonne quelques-uns des meilleurs rythmes jamais entendus dans notre musique de ces dernières années. C’est bien lui le moteur du groupe d’Atlanta, qui entraîne et fait battre le cœur de la baleine blanche (ou cachalot, pour qui a lu Malville). Les progressions MASTODON frappent immédiatement fort. A partir des premiers rangs, ceux des fans mordus, le virus du groupe s’étend rapidement dans toute l’assistance d’un stade olympique qui, lentement et régulièrement se remplit attendant les shows de la soirée. Et, à la fin, l’exaltation, véritable. Parce que, si tu es métal, et tu crois vraiment en cette musique, le moteur MASTODON ronflant est de ceux qui te font comprendre pourquoi tu écoutes, apprécies et aimes à en mourir cette prestation imposante. Technique et qualité, progressions et idées. En plein dans le mille, un succès de plus dans la vie artistique du groupe. Ensuite, un instant plus tard, voilà MASTODON déjà sorti du stade, serrant des mains, se faisant photographier avec les fans et buvant la bière glacée des petits kiosques installés autour du stade. Mythiques !

MACHINE HEAD est notre obsession, sans eux vivrions-nous mieux ou moins bien ? Car, il est facile de s’attacher au son métallique et « râpeux » du groupe d’Oakland. En revanche, il est plus compliqué de définir au mieux le rôle que les MH ont joué dans l’histoire de notre musique parce que, après un début rapide (Burn Eyes, 1994), le groupe s’est rangé dans un second rôle, rôle dans lequel tu vis correctement sans exploser pour autant, continues d’exister, te fais de nouveaux fans, mais personne (ou presque) ne va jusqu’à dire : MACHINE HEAD est mon groupe préféré depuis toujours. Et le show romain confirme également cette règle, soyons francs. Car tous les fans engagés dans un head-bangin’ sous le plateau auront quelque chose à redire sur nos commentaires. Néanmoins, malgré sa cruelle violence, le show de MACHINE HEAD fait partie de ceux dont nous aurions franchement pu nous passer dans cet après-midi métallique. Le groupe a quelques tubes, joue bien, apporte un trash tout à fait moderne, OK. Mais il n’a, ni n’aura probablement jamais, la personnalité qui marque vraiment. En d’autres termes : tu arrives dans un concert de SLAYER et tu restes choqué pendant trois mois, tu t’en souviendras et tu en parleras à tes petits-enfants. Tu vas voir le show de MACHINE HEAD et la première chose qui te vient à l’esprit est : qui vient après ? Et voilà Robb Flynn haranguer et entraîner, mais il fait preuve de plus de métier – c’est certain après plus de dix ans passés sur scène – que de véritable charisme. Il en est ainsi pour les manifestations de The Blackening, gros travail en tous cas, ils poussent le live et crachent du feu, alternant les meilleurs moments d’un passé souvent assez lointain. Et au terme de 45 minutes de set, on a l’impression que MACHINE HEAD est rôdé, mais ils ne deviendront jamais… METALLICA, c’est toujours le présent. Heureusement que MH existe, mais si tel n’était pas le cas, probablement qu’ils ne nous manqueraient pas après tout. Contrariés ?

Metal Maniac N°7/8, juillet-août 2007Laissez la place aux grands, laissez passer MOTÔRHEAD. Parce que, si la très grande majorité des personnes de l’Olympique se trouve ici ce soir, pour assister bien évidemment au show de MADEN, ce que confirme l’impressionnante marée de t-shirt sur lesquels trône Eddie, il est clair que le prix du billet pouvait être investi également dans un festival avec le groupe de Lemmy comme tête d’affiche. N’en êtes-vous pas convaincus ? Eh bien, dans ce cas cela veut dire que vous n’étiez pas au stade. Parce que, aux premières heures du set motörhedien, à Rome les tombes se sont ouvertes, les bigots ont déménagé et changé de nation, les curés se sont agenouillés – entre deux actes de pédophilie – et ont égrené des prières contre le démon. MOTÔRHEAD : le sens même de notre musique. 1-2-3 et le son rugissant du groupe anglais a commencé à jaillir. Et il ne s’est plus arrêté. Et peu importent désormais les titres, ou si les morceaux appartiennent aux débuts ou s’ils sont récents. Parce que, en fait, Stay Clean, Killed By Death et l’inévitable Ace Of Spades, chef d’œuvre de MOTÔRHEAD, étaient bien là. Mais c’est un fait, le groupe est délire, le son brûlant et destructeur. Et il ne s’arrête jamais. Et donc Phil Campbell, avec son gros chapeau, décoche un riff après l’autre, Mikkey Dee s’accorde un long solo qui déchaîne le délire dans le public. Mais, comme toujours, le triomphe est pour Lemmy. Le fait est que, à dire vrai, nous ne pouvons pas nous passer de ses bubons, plus enflés que jamais et retransmis en direct sur les deux écrans géants placés sur les côtés de la scène. Leur taille (des bubons, non des écrans) semblent les faire headbanger ! Mais c’est bien lui, avec sa voix cassée par des lignes/cigarettes/alcool et son look fou en dépit de ses soixante et un ans, qui entraîne tout le monde à la conquête de tout. Bien entendu, les hymnes ont leur utilité mais, comme le prouve également l’ovation finale, Lemmy pourrait probablement se présenter seul sur scène, sans jouer, pour avoir une foule enthousiaste à ses pieds. C’est cela le charisme. Un concert fou. Qui, permettez-nous de le dire, dispute à celui de MADEN le titre de meilleur show de la soirée.

Si MOTÔRHEAD n’a qu’un énorme drapeau comme fond de scène, le décor d’IRON MAIDEN est, au contraire, simplement un choix « visuel » exceptionnel. Accueillis par un tonnerre dévastateur par le public, les six irons évoluent sur un plateau gigantesque avec d’énormes gradins, dessins et effigies variées d’Eddie, mais aussi des diables rouges qui remontent sur The Number Of The Beast et un gigantesque char blindé qui débouche au final. avec une assurance professionnelle mûrie au cours de plus de trente ans de scène, le groupe démarre de façon grandiose avec des signes de la dernière réalisation. Et le scénario apparaît toujours le même, entendons dans le bon sens et avec une grande admiration. Steve Harris déplace sa main comme une araignée affolée sur les cordes de sa basse, les trois guitaristes couvrent toute la scène au pas de course et changement de place, alors qu’Adrian Smith – l’homme au sourire éternellement scotché sur le visage – se prépare à faire hurler sa guitare. De plus, une micro caméra nous offre sur l’écran géant, en temps réel, également le travail de Nicko McBrain, littéralement submergé derrière une montagne de roulements, toms et cymbales. A déchaîner les foules, plus que quiconque, la tâche incombe à Bruce Dickinson ; C’est lui qui lorgne, chante, hurle, monte à des tonalités affolantes – c’est bien cela, il est en pleine forme – pendant qu’il dirige le groupe, court d’un bout à l’autre du plateau, s’affaire avec un gros réflecteur pour éclairer le public. Sur The Trooper il apparaît en habit de soldat anglais agitant un énorme Union Jack, tandis que les hurlements, pogos, chœurs, headbanging et mains en l’air accueillent des apparitions comme Children Of The Damned et Fear Of The Dark, sur un programme reproduisant ce qui était promis et proposé jusqu’ici, y compris dans les autres shows du A Matter Of The Beast Summer Tour 2007, où dès le titre on comprend comment le groupe a voulu se focaliser aussi bien sur le dernier opus publié, A Matter Of Life And Death que sur le travail de The Number Of The Beast, dont le son Bruce Dickinson rappelle les 25 ans depuis la sortie. Le show est animé et survolté, il explose avec le final Run To The Hills et Iron Maiden, dernières manifestations avant la sortie de scène du groupe. De retour après une brève attente, Bruce attise le public avant le sprint final avec 2 Minutes To Midnight, The Evil That Man Do et Hallowed Be Thy Name. Pour photographier ainsi une nouvelle page d’histoire de MAIDEN. Et ce n’est pas nous qui le disons, ce sont les hurlements, les remerciements, les expressions des visages heureux de presque 20000 personnes, parmi ceux qui assistaient à leur premier concert et ceux, au contraire, qui suivent le groupe anglais depuis plus de vingt ans. Tous réunis en un seul credo, celui qui célèbre la grandeur, probablement unique, probablement inégalable, d’IRON MAIDEN. Un show grandiose.

Metal Maniac N°7/8, juillet-août 2007RECURRENCES HISTORIQUES par A.V. Au beau milieu de la stupéfiante performance romaine, Bruce Dickinson déclare toute sa satisfaction d’avoir l’occasion de jouer à nouveau en Italie du Sud et précise que, après avoir joué constamment entre Milan et Bologne au cours des dernières années, l’heure était venue de se produire à Rome ; déclaration qui déchaîne immédiatement l’enthousiasme fébrile des 20000 fans présents à l’Olympique. Rome, Ville Eternelle que Dickinson, en véritable expert historien érudit, adore littéralement. Rome qui, dans l’absolu, fut la première ville italienne à accueillir IRON MAIDEN, pendant la légendaire tournée européenne de soutien à KISS, et qui les vit ensuite se produire en Italie, en splendides protagonistes, à trois dates différentes, respectivement à Rome, Gênes et Milan. Juste à quelques pas de l’Olympique, sur l’autre rive du Tibre, dans les Jardins du suggestif Château Sant’Angelo, au cours d’une soirée tout aussi caniculaire d’une fin d’août 1980, le groupe formé de Paul DiAnno, Steve Harris, Dennis Stratton, Dave Murray et Clive Burr, affrontait les spectateurs avec une énergie et un toupet que seuls les grand groupes peuvent se permettre, développant un programme qui reprenait pratiquement in extenso la tracklist du premier album éponyme (Prowler, Running Free, Remember Tomorrow, Transylvania, Phantom Of The Opera et Iron Maiden), publié par EMI quelques mois auparavant, outre l’inclusion de The Ides Of March (qui fera partie du deuxième album Killers); jamais une intro ne fut aussi appropriée que celle-ci dans un contexte comme celui de Rome…

Au cours de ce dernier concert furent déposées les premières graines fondamentales d’une légende qui, surtout en Italie, était destinée à pousser d’une façon démesurée… Un groupe qui, bien qu’à ses début et se confrontant aux premiers concerts hors de ses frontières, put mettre en crise les KISS eux mêmes, illustres et spécialistes têtes d’affiche de la tournée, qui ne s’attendaient certainement pas à avoir affaire à un quintette à ce point aguerri et effronté, quintette à la fin sorti vainqueur du tour en de nombreuses occasions, y compris à Rome. Le tout à une poignée de kilomètres du Stade Olympique.

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