Interview Dave Murray

Guitar World

Interview de Dave Murray par Hans J. Kullock – Guitar World n° 20 février 1991

par musky00

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Depuis 16 ans, l’âge moyen de ses fans, IRON MAIDEN, groupe de hard rock issu des quartiers défavorisés de East London, poursuit son bonhomme de chemin, guidé par un derviche tourneur à Quatre Cordes, et une mascotte aux traits abominables. A près une longue année sabbatique, la Vierge de fer est de retour avec un nouvel album. Dernières nouvelles du groupe avec Dave Murray.

Dans la foudre et le tonnerre produits par un mur de Marshall, Hughes&Kettner et Hiwatt, le groupe de Steve Harris poursuit actuellement sa tournée. Nous avons rencontré un des piliers de la formation, le guitariste Dave Murray. Attention, cette interview nous donne à tous une bonne leçon de modestie.

Quel âge avais-tu lorsque tu as commencé à jouer, et pourquoi as-tu choisi la guitare ?

J’avais environ quinze ans ; j’étais en voiture avec des copains et tout à coup, Voodoo Chile de Jimi Hendrix est passé à la radio. Je me souviens que j’ai simplement dit : "C’est super, qu’est ce que c’est ?".
Ce n’est pas seulement ce qu’il jouait, mais le son m’avait bouleversé, et il m’a semblé qu’il n’y avait plus qu’une chose à faire : sortir de cette voiture et aller m’acheter une guitare !

Et tu l’as fait ?

Bien sûr ! Je voulais commencer dès que possible, alors je me suis contenté d’une guitare acoustique bon marché, un de ces instruments avec des cordes d’un tirant très fort, à cinq centimètres du manche.

Combien de temps as-tu mis avant de sortir quelque chose de correct de cet instrument ?

Après avoir travaillé quelques mois, j’ai dû m’en débarrasser car il était vraiment impossible d’en jouer correctement, et j’ai économisé jusqu’à pouvoir m’acheter une guitare de supermarché « Top 20 » ! Je l’ai achetée pour une raison idiote, je n’étais pas assez expert pour choisir entre une bonne et une mauvaise guitare et les couleurs rouge et noire de celle-ci me plaisaient bien. Bien sûr, il ne m’a pas fallu longtemps pour réaliser que je n’avais acheté qu’une planche aux couleurs particulièrement séduisantes !

Après cette expérience, je fis l’acquisition de ma première guitare décente, une copie SG de Eros. C’était vraiment un bel instrument, en noyer, avec un vibrato de style Bigsby. Je l’ai conservée environ un an jusqu’à ce que je puisse m’acheter ma première véritable guitare : un Fender Strat blanche ! C’était inévitable vu mon attirance pour Hendrix.

Tu as dû faire d’énormes sacrifices pour te payer cet instrument si jeune ?

Cela m’a demandé des années pour la payer ! Mais j’avais de tellement grandes ambitions, que j’étais prêt à tout. Seulement j’ai rapidement réalisé que j’aurais besoin de plus de temps que je ne l’avais espéré pour savoir jouer correctement. Cependant, j’écoutais énormément de guitaristes comme Hendrix ou Robin Trower, et m’imprégnais de leur musique et de leur jeu. Il me semble que je faisais de la guitare mentalement.

As-tu eu une période où la musique est devenue pour toi la plus importantes des choses ?

Oui, pendant quelques années. Tous les jours, je m’asseyais et jouais sérieusement pendant trois heures, parfois plus. A cette époque je travaillais encore, et dès que je rentrais, je prenais à peine le temps de manger une bricole et je me mettais à la guitare, pour un travail non stop. Cela  a sans aucun doute nui à ma vie sociale, mais j’ai tiré une véritable satisfaction personnelle. J’allais me coucher tous les soirs en me disant que j’avais fait quelque chose. A cette époque de ma vie, j’étais déterminé à devenir le meilleur guitariste.

Es-tu autodidacte ?

Je suis pratiquement autodidacte, car je n’ai pris que quelques leçons. En fait Adrian Smith, notre ancien guitariste, et moi avons pris quelques cours auprès du même professeur pendant environ trois semaines. Ces quelques leçons furent très utiles, car j’ai appris à déchiffrer les mélodies, mais très lentement. J’ai également étudié différentes positions d’accords… Mais, en y réfléchissant, le plus important fut de trouver mon propre son. Au début de mon premier cours, je jouais comme Jimi Hendrix, que j’imitais car le trouvais qu’il avait un son d’enfer. Mais mon professeur me fit comprendre combien il était important de développer ma propre identité de musicien, plutôt que de copier les autres, même s’ils sont excellents. Il m’a également donné envie d’acheter des partitions de chansons de hit-parade.

Tout était bienvenu pour m’aider à m’améliorer. Je relevais d’ailleurs les morceaux de Hendrix, note à note. Pour cela, je les écoutais des dizaines de fois si nécessaire, jusqu’au moment où le les possédais parfaitement. Je ne sais pas si mes transcriptions étaient correctes, mais elles se rapprochaient le plus possible de la réalité, selon moi.

Iron Maiden est un des groupes qui joue le plus au monde, as-tu encore le temps de travailler ?

J’ai toujours une guitare avec moi, et j’en profite dès que j’ai un peu de temps. Quand on est en tournée, en concert ou en déplacement promotionnel j’arrive tout de même à pratiquer une demi-heure par jour, ce qui n’est pas énorme, mais mieux que rien.

As-tu une technique particulière d’échauffement ?

Je ne fais rien de spécial, je m’échauffe simplement les muscles et les doigts, environ quarante-cinq minutes avant les concerts. Et ensuite je laisse mes doigts courir au long des morceaux…

Pendant la fin des années 70 et le début des années 80, tu as joué une Strat noire avec un manche en érable, des doubles bobinages blancs près du chevalet et du manche et, au milieu, un micro simple bobinage… Cette guitare avait appartenu à Paul Kossof ?

En effet, mais elle était blanche à l’origine. Je me la suis procurée quelques années après sa mort, grâce à une petite annonce dans le Melody Maker. Comme j’aimais beaucoup la façon de jouer de Paul Kossof, j’ai immédiatement contacté le type qui la vendait, et suis allé chez lui pour la voir et noter le numéro de série. Après avoir mené mon enquête, j’ai conclu qu’il s’agissait bien du véritable objet de mes désirs, et je l’ai achetée sans hésiter. Elle m’a coûté une petite fortune, mais sa valeur était inestimable. Elle est donc en ma possession depuis 1976, et elle reste l’une des meilleures guitares sur laquelle j’ai jamais joué.

Les deux humbuckers ressemblent à des DiMarzio…

Oui, j’ai remplacé les micros d’origine parce que je ne parvenais pas à obtenir le son que je voulais. Le micro lead est un Super Distorsion et le micro du manche un PAF. Je les ai changés tout de suite, mais j’ai gardé précieusement les originaux chez moi. J’ai aussi changé les frettes parce qu’elles étaient en mauvais état et que je préfère les grosses frettes sur mes guitares.

Depuis quelques années, j’ai remarqué que tu jouais sur des guitares ESP.

En effet, j’ai été engagé par leur bureau de New York il y  a quelques années et je suis ravi des guitares qu’ils ont fabriquées pour moi… Ils les améliorent sans cesse. La dernière est sans aucun doute la meilleure que j’ai jamais possédée. Lorsque ESP construit une guitare Custom c’est comme si on se faisait faire un costume sur mesure par le meilleur tailleur. Ils tiennent compte de tous les petits détails, c’est leur côté personnel, un peu démodé mais si efficace.

Tu as plutôt l’habitude d’utiliser des vibratos Kahler, mais j’ai remarqué un Floyd Rose sur au moins une de tes dernières ESP. Pourquoi cette infidélité ?

Il est vrai que ma Strat noire est équipée d’un vibrato Kahler depuis des années et que je l’apprécie. Jusqu’à présent, je n’avais donc pas de raison d’essayer le Floyd Rose, mais j’ai découvert que je préfère sa tension. Il y a quelques temps, Jackson m’a construit une guitare équipée d’un Floyd Rose version Kahler et il s’agit d’une pièce de qualité. D’ailleurs je vais sans doute équiper d’autres guitares avec ce système.

Tu as la réputation d’improviser la majorité de tes solos, mais au cours de récentes interviews, tu as dit que tu commençais à les structurer davantage…

Sur mes premiers albums, j’avais l’habitude d’arriver au studio, de m’installer, de boire quelques bières et de démarrer, ce qui me semblait parfait. Depuis, j’en ai eu assez de me répéter d’album en album et j’ai décidé de me remettre au boulot plus sérieusement ? Je pense que cela a rendu mes solos plus mélodiques, car lorsque j’improvise, je suis plus agressif.

Comment t’y prends-tu pour travailler un solo ?

Lorsque la basse et la batterie sont enregistrées, je me fais une cassette que j’emporte à la maison, pour travailler sur mon Fostex X-15, parce que j’aime bien arriver au studio en sachant exactement ce que je vais faire. La plupart du temps je fais mon solo en une ou deux prises, mais parfois cela me demande plusieurs heures. En général, je préfère enregistrer le plus vite possible, sinon je risque de perdre la sensation première, à force de recommencer. Mais il arrive qu’on soit obligé de faire un solo à partir de plusieurs prises, parce que l’un peut être super au début et finir en queue de poisson, tandis d’une autre finira mieux qu’elle n’avait commencé. C’est l’intérêt du travail de studio de pouvoir faire la meilleure musique possible, avec toute la technique dont on dispose.

Quelles cordes et quels tirants utilises-tu ?

J’ai l’habitude d’utiliser des Dean Markley 009, 011, 015, 024, 032, 040.

Tu es l’un des quelques guitaristes modernes à utiliser une pédale wah-wah. Pourquoi, et possèdes-tu d’autres pédales ?

C’est une Cry Baby placée dans un pédalier construit par Peter Cormish. Ce doit être le troisième qu’il ait fait pour moi. Le premier était grand comme une table de cérémonie et ressemblait à une soucoupe, maintenant il n’occupe pas plus de la moitié de la scène !

Ce pédalier comporte également un Boss FET Préamp, un égaliseur graphique à dix bandes MXR, un phasing MXR 90, et un délai numérique T.C. Electronic 2290.

Tu es connu comme inconditionnel de Marshall, mais récemment tu t’es tourné vers Gallien-Krueger.

J’ai toujours apprécié Marshall que j’utilise depuis des années, mais en effet j’ai décidé de m’intéresser à Gallien-Krueger. J’utilise des amplis stéréo numériques en rack et ils sont super. Ils me donnent vraiment le son que j’ai toujours voulu avoir sur scène. Je prends toujours quatre têtes Krueger, deux pour la scène et deux de rechange au cas où… Ces amplis sont à transistor, mais donnent le son doux, à lampes, que j’apprécie.

Et tes amplis ?

J’ai des Marshall 200 W équipés de haut-parleurs EV. Sur scène je dispose de deux 4 x 12 que j’utilise comme retours pour moi, et deux en secours, ainsi que deux 2 x 12, réglés à un volume plus faible et repris dans la sono.

Utilises-tu le même matériel en studio que sur scène ?

Cela dépend du son qui est nécessaire. Il m’est arrivé d’utiliser les Marshall aussi bien que les Gallien-Krueger, ou du matériel qui traîne au studio. Je ne quitte jamais non plus mes pédales.

Es-tu du genre à rester dans la cabine de contrôle du studio, ou à travailler au casque pour tes enregistrements ?

Quand on enregistre la basse et la batterie, on joue ensemble, dans la même pièce. Puis, quand tout est parfait, j’enregistre mes parties de guitare dans la cabine de contrôle. Je travaille ainsi pour deux raisons : parce que c’est plus confortable (les casque ne restituent pas parfaitement le son de guitare) et parce que je trouve que je travaille plus vite ainsi ; cela me permet de communiquer plus aisément avec Martin Birch, notre producteur.

Tu nous as parlé de la grande influence qu’Hendrix a eu sur toi. Qui d’autre ?

J’ai aimé la façon de jouer de Paul Kossof avec Free surtout sur l’album « Free Live », à cause de toute l’émotion qu’il dégage. Robin Trower sur « Bridge Of Sights » m’émeut beaucoup. J’aime beaucoup les disques de Santana, ainsi que les vieux bluesmen comme Freddie et BB King. Ritchie Blackmore m’incitait à écouter les disques de Deep Purple, et je ne me lasse pas d’écouter le son gras et roulant de Billy Gibbons sur les premiers albums de ZZ Top.

En ce moment qu’écoutes-tu ?

Des groupes comme Jethro Tull, Marillion et Genesis, les albums de Stevie Ray Vaughan. Mais j’écoute aussi quelques guitaristes plus modernes comme Yngwie Malmsteen que je trouve génial car il a son propre son et un style personnel, ce qui me semble particulièrement difficile de nos jours. Steve Vai est aussi l’un de ces génies qui possède une technique époustouflante et un son !

Tu n’écris pas beaucoup pour le groupe. Pourquoi ?

Avant tout parce que je suis paresseux. Une plaisanterie entre nous consiste à dire que j’apporte un morceau à Maiden tous les trois ans, et ce qui n’est pas loin de la vérité. Il ne faut pas oublier non plus que Steve et Adrian sont de gros compositeurs ; alors, bien que j’aie des idées plein la tête, pour l’instant je n’ai pas vraiment besoin de les mener à terme.

Y a-t-il un solo que tu préfères parmi tous ceux que tu as enregistrés ?

J’aime la majorité de mes solos sur les trois premiers albums ; si j’ai l’air satisfait, c’est parce que je suis mon meilleur critique, j’essaie de ne quitter le studio que lorsque je suis vraiment satisfait de mon travail. Mais  si tu me demandes quels sont les solos que je préfère en général, je te citerai sans aucun doute ceux de Ritchie Blackmore sur « Child In Time », « Smoke On The Water » et « Highway Star », en particulier la version live.

Comment as-tu ressenti le départ d’Adrian Smith ?

Notre dernière tournée en 1988 (Madness Tour) fut très longue et éprouvante, c’est pour cela que nous avions décidé de prendre une année sabbatique. Nicko s’est marié pour ne pas laisser les copains tout seuls dans la m… Je me suis également marié. D’autres en ont profité pour réaliser leurs projets personnels comme Bruce avec son album solo, et Adrian avec son groupe ASaP (Adrian Smith and Project). Ma foi, Adrian semble mieux se réaliser avec ce groupe qui joue un hard rock très progressif, d’autant plus que Iron Maiden avait projeté de revenir à une musique plus heavy, plus proche des premiers albums. La séparation fut douloureuse, mais Adrian avait déjà remplacé Dennis Stratton, qui est à son tour remplacé par Janick Gers.

Qui est au juste ce nouveau venu ?

C’est Bruce qui avait engagé Janick pour son disque solo. Il avait déjà roulé sa bosse avec White Spirit, Ian Gillan et Fish. Le jour de l’audition, il nous a surpris par sa connaissance de notre répertoire. Il se souvenait même des parties de guitares de quelques vieux morceaux, que j’avais oubliés depuis longtemps. Janick qui est un guitariste très « Fender », amène avant tout sur scène une pêche d’enfer !

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